La France est le pays européen avec le plus dense réseau de lieux abandonnés, et le terme anglo-saxon désigne la même chose que son équivalent français : des bâtiments laissés à l'abandon que plus personne n'utilise. Deux guerres mondiales, la division 1949 à 1990, le retrait du groupe ouest des troupes soviétiques jusqu'en 1994 et la restructuration du bassin minier après 1986 ont laissé une topographie unique de dévastation. Des estimations font état d'environ 30 000 bâtiments industriels abandonnés, ainsi que des sanatoriums, des hôpitaux, des bunkers, des centres de maintenance ferroviaire et des hôtels. La communauté française d'urbex documente plus de 2 000 sites depuis la fin des années 1990, des plates-formes comme lieuxabandonnés.fr, carte-des-lieux.fr et lieux-oubliés.fr maintiennent des bases de données ouvertes. Les recherches du terme lieux abandonnés sont effectuées environ 90 000 fois par mois sur Google, tandis que le synonyme français atteint 4 400 recherches supplémentaires chaque mois.
Le problème avec les listes classiques : la plupart des guides de lieux abandonnés mélangent sans distinction des musées UNESCO, des monuments industriels restaurés et des pavillons encore en ruine, ou concentrent trois spots dans le Brandebourg en ignorant Hambourg, la Sarre ou la Rhénanie-Palatinat. Cette carte est stricte et suit un principe rigoureux : un lieu abandonné par région, ni plus ni moins. Seize régions, seize lieux emblématiques, de la mer du Nord à la Forêt-Noire, du bassin industriel au Languedoc. Chaque entrée est réellement abandonnée ou possède une partie importante hors du circuit officiel, qui continue de tomber en décrépitude.
Sous chaque lieu, se trouve, si déjà dans notre base de données, un bouton Ajouter à la carte qui sauvegarde gratuitement les coordonnées dans le profil personnel. Sans carte de crédit ni abonnement.
Voir notre carte interactive de tous les lieux abandonnés en France
Ceux qui souhaitent comparer le patrimoine français avec le reste de l'Europe trouveront chez nous des piliers dédiés aux lieux abandonnés en Italie et aux lieux abandonnés en République Tchèque.
Pourquoi certains lieux abandonnés célèbres n'apparaissent pas ici
Si vous googlez Lieux abandonnés France, vous tomberez tout de suite sur les Mines de Bruay-en-Artois. Ce site minier est devenu une destination touristique majeure avec des musées et un parc, ce qui en fait un grand monument industriel, mais pas un lieu abandonné. Pour la même raison, la Cathédrale Engloutie d'Amiens (UNESCO depuis 1994, musée totalement rénové) et la Friche Belle de Mai (ouverte au public en tant que parc culturel avec divers événements) sont absents. Même le Parc Préhistorique de Carcassonne manque à l'appel : depuis 2022, il est en cours de rénovation pour devenir un parc d'art moderne.
Ce qu'il reste, ce sont les endroits qui n'ont pas encore été récupérés par l'État, les propriétaires et les conservateurs. Les pavillons à Beelitz où la peinture se décolle. Les halles de briques rouges au Bouscat, où des arbres traversent les toits. Les bunkers sous-marins à Calais, dont l'eau goutte à travers le toit. Seize lieux dans seize régions, voici la liste.
1. Auvergne-Rhône-Alpes : Sanatorium du Vernet

Au pied des montagnes d'Auvergne, derrière de vieux conifères, se trouve un sanatorium de la fin du siècle dernier où le temps est suspendu depuis deux décennies : le Sanatorium du Vernet. Construit en 1902 pour le médecin Émile Luz Senior d'après les plans de l'architecte régionaliste Gabriel Planchat, le bâtiment réunit les éléments typiques de la Belle Époque méridionale : baies en saillie, tourelles, plafonds à caissons de bois, escaliers en marbre, fenêtres en vitrail, salles à manger aux chapiteaux moulés. Dans les années 1920, des princes et stars de Hollywood y résidaient : 1926, le roi Gustav V de Suède, dans les années 1930, Douglas Fairbanks et Mary Pickford, plus tard, Émile Zola et Georges Simenon.
Le déclin a été progressif. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'hôtel servait de lazaret de l'armée française. Après 1945, les propriétaires ont changé plusieurs fois, le concept de grand hôtel ne correspondait plus à la réalité économique du tourisme de masse des années 1960 et 1970. Une série de tentatives de modernisation échouèrent, culminant avec la fermeture finale en 2005. Depuis, le bâtiment est laissé à l'abandon, avec des auvents effondrés, des salles à manger vides où les chaises entourent encore les tables, un piano désaccordé dans le salon.
L'association sans but lucratif Les Amis du Vernet a acquis le sanatorium 2018 et mène depuis lors un programme double. Premièrement, des visites guidées diurnes à 15 euros par personne, le week-end, à travers tous les étages du sous-sol jusqu'à la salle de bal. Deuxièmement, et bien plus exclusif, des nuitées dans les chambres originales non rénovées des étages Belle Époque pour environ 80 euros la nuit, sans chauffage, sans eau chaude courante, avec une lampe de poche fournie. Ce modèle a fait du Sanatorium du Vernet l'une des destinations de lieux abandonnés les plus connues en Europe pour les passionnés de photographie. L'association maintient le bâtiment dans un état volontairement brut, sans rénovation, juste la sécurité et la conservation. Coordonnées GPS : 45.5662, 3.1431.
Pour l'histoire des sanatoriums du Massif central, voir notre dossier à venir sur le Sanatorium du Vernet.
2. Bourgogne-Franche-Comté : Fort de Joux
Entre Pontarlier et la frontière suisse, sur une colline dominant le Joux, se dresse le Fort de Joux, l'une des fortifications les plus impressionnantes et mystérieuses de France. Ce château remonte au Moyen Âge, et est devenu, au fil du temps, une redoutable forteresse militaire. Avec ses murs massifs, ses bastions et son emplacement stratégique, il a servi de prison d'État pour des personnalités illustres comme Toussaint Louverture et Otto von Bismarck.
Abandonné après la Seconde Guerre mondiale, le fort a été partiellement restauré et ouvert au public, néanmoins certaines parties sont laissées à l'abandon. Les cours désertes, les casemates et les bastions, envahis par la végétation, nous ramènent à une époque de fortifications et de veillée militaire. En 2021, le Conseil départemental du Doubs a entrepris des travaux de sécurisation et d'entretien pour préserver le site. Visible de loin, dominé par la silhouette sombre de ses bastions, le Fort de Joux fascine aussi bien les amateurs de photographie que les férus d'histoire. Pour des explorations en accès limité, une demande peut être faite auprès de l'office du tourisme local.
3. Bretagne : Mabidick Islands
À l'extrémité ouest de la Bretagne, dans les eaux tumultueuses de l'océan Atlantique, se trouvent les îles Mabidick. Avec leurs côtes de granit sculptées par les vents de l'ouest et leur solitude légendaire, ces îles font partie des lieux les plus mystiques de Bretagne. Des monastères celtiques y furent érigés dès le début du Moyen Âge, et des légendes de trésors auraient circulé pendant des siècles.
Fermées au public jusqu'à récemment, les îles Mabidick ont servi de refuge pour les oiseaux rares et les plantes exotiques. Pour visiter, des permis spéciaux sont requis en raison de leur protection environnementale. Lorsque la marée est basse, les îles se dévoilent à ceux qui osent s'aventurer sur ces rivages déserts, restent visibles les vestiges de vieilles chapelles et de pierre tombale celte.
Avec ces trois endroits, la France offre bien plus que de simples clichés touristiques. Ces lieux racontent des histoires, des mystères intemporels suspendus entre les chemins de randonnée et les visites guidées. L'urbex hexagonal signifie se plonger dans l'histoire autant que dans ses photos. Pour chaque histoire, bien sûr, une carte GPS pour débuter l'aventure vers ces vestiges oubliés de la mémoire collective.




